Note méthodologique
Modèle de simulation d’une élection présidentielle à deux tours
Télécharger la note technique (PDF)Objectif du modèle
Ce modèle vise à simuler l’évolution d’une campagne présidentielle et à estimer, par simulations répétées, les probabilités de qualification au second tour puis de victoire finale.
L’objectif n’est pas de prédire un score exact, mais d’évaluer des scénarios probables en tenant compte :
- des équilibres idéologiques,
- des aléas de campagne,
- des tendances structurelles,
- et du vote utile en fin de campagne.
I. Le modèle de premier tour
1) Les blocs idéologiques
En science politique, on analyse souvent l’électorat comme structuré en grands blocs idéologiques relativement stables (par exemple : gauche, centre, droite, extrême droite).
L’idée centrale est simple :
Les électeurs votent très majoritairement pour un candidat appartenant à leur bloc idéologique, et beaucoup plus rarement pour un candidat d’un bloc opposé.
Dans le modèle :
- Chaque candidat est associé à un profil idéologique.
- Certains candidats sont clairement positionnés dans un bloc.
- D’autres peuvent être situés entre deux blocs, ce qui leur permet de capter une partie de chacun.
Cela permet de modéliser le fait que :
- Les gains d’un candidat proviennent principalement de candidats idéologiquement proches.
- Les transferts entre blocs éloignés sont rares.
2) La dynamique de campagne : les événements imprévisibles
Une campagne électorale est marquée par des événements difficiles à anticiper : polémiques, débats, affaires, crises internationales, prises de position, erreurs de communication.
Ces événements sont modélisés comme une marche aléatoire, c’est-à-dire une succession de chocs imprévisibles.
Deux types d’événements sont distingués :
a) Les chocs de bloc
Certains événements affectent tout un bloc idéologique. Par exemple, une crise sécuritaire peut bénéficier à l’ensemble des candidats d’un bloc. Un débat sur les retraites peut affecter globalement les candidats de gauche ou de droite.
Dans le modèle, ces chocs déplacent simultanément tous les candidats appartenant au même bloc.
b) Les chocs individuels
D’autres événements concernent un candidat en particulier : une déclaration polémique, une erreur stratégique, une bonne prestation médiatique. Ces chocs affectent uniquement le candidat concerné.
Calibration des paramètres
L’intensité de ces chocs n’est pas choisie arbitrairement. Les paramètres ont été estimés de manière à reproduire la volatilité observée pendant la campagne présidentielle de 2022 et l’ampleur moyenne des variations de sondages.
3) La dynamique structurelle
Au-delà des aléas quotidiens, certains candidats peuvent être portés par une dynamique de fond. Ce paramètre peut être choisi par l’utilisateur pour chaque candidat.
Exemples :
- Un gouvernement sortant peut s’user après plusieurs années de pouvoir.
- Un courant politique peut bénéficier d’un contexte favorable.
- Un candidat peut s’installer progressivement comme figure centrale.
Dans le modèle :
- Chaque candidat peut avoir une tendance structurelle à gagner ou perdre des points.
- Cette tendance est lente et cumulative.
- Les points gagnés ou perdus ne disparaissent pas : ils sont redistribués principalement vers les candidats idéologiquement proches.
Cela permet de modéliser des phénomènes comme l’érosion progressive d’un bloc, la montée structurelle d’un autre, ou la recomposition interne d’un espace politique.
4) L’effet du vote utile
En fin de campagne, une part significative des électeurs déclare voter « utile ». Les enquêtes suggèrent que cette proportion pourrait se situer entre 25 % et 35 %.
Le vote utile correspond au comportement suivant : un électeur choisit non pas son candidat préféré, mais celui qui semble le mieux placé pour atteindre le second tour.
Comment le modèle l’intègre
Le vote utile est activé progressivement dans les derniers jours de campagne. Il dépend de deux éléments :
a) L’enjeu
Plus un candidat est proche du seuil estimé de qualification, plus l’« enjeu » est élevé. Le seuil est déterminé automatiquement à partir du deuxième score le plus élevé en fin de campagne.
b) La capacité à capter le vote utile
Tous les candidats ne bénéficient pas également du vote utile. Les candidats ayant une plus grande dynamique sont plus susceptibles de capter le vote utile.
5) Pourquoi utiliser des simulations ?
Le modèle ne produit pas une seule trajectoire. Il simule des centaines de campagnes possibles, chacune avec ses chocs aléatoires.
On en déduit :
- une trajectoire médiane,
- des intervalles d’incertitude,
- des probabilités de qualification au second tour.
Cela permet d’évaluer :
- le degré d’incertitude,
- la robustesse d’un scénario,
- la probabilité de retournement.
II. Le modèle de second tour
1) Logique générale
Le second tour est modélisé à partir des résultats simulés du premier tour. On identifie automatiquement les deux candidats qualifiés dans chaque simulation, puis on modélise les reports de voix.
Les électeurs du second tour adoptent l’un des trois comportements :
Leur choix dépend :
- de leur proximité idéologique avec les finalistes,
- de mécanismes de « barrage »,
- d’un taux structurel de non-expression.
2) Le vote de proximité
Les électeurs votent en priorité pour le candidat le plus proche idéologiquement d’eux. C’est la règle de base du modèle.
3) Le non-vote
Si aucun des deux candidats n’appartient au bloc d’un électeur, une partie peut s’abstenir, voter blanc, ou refuser de choisir. Ce comportement est modélisé par un paramètre spécifique.
4) Les effets de « barrage »
Le modèle intègre deux paramètres supplémentaires :
- un taux de rejet de l’extrême droite,
- un taux de rejet de la gauche radicale.
Cela permet de modéliser les phénomènes observés dans les seconds tours passés, où certains électeurs votent non pas pour soutenir un candidat, mais pour empêcher l’autre de gagner.
Les valeurs par défaut de ces paramètres sont estimées à partir des comportements observés lors des élections législatives de 2024.
Limites du modèle
- Le modèle ne prend pas en compte les événements imprévisibles (scandales, crises, changements d’alliances).
- Les reports de voix au second tour sont simplifiés, sans modéliser les dynamiques de campagne de l’entre-deux-tours.
- Les paramètres initiaux sont calibrés sur les sondages actuels, qui peuvent évoluer significativement.
- Ce simulateur est un outil pédagogique et de stratégie politique : il n’a pas vocation à prédire le résultat de l’élection.